(RÉ)CONCILIER

La vi(lle) et les risques, dans toutes leurs dimensions

Un rapport sur les risques et la résilience dans l’aire grenobloise : le RARRe

Écrit par : Gabriel Jourdan, chargé d'études à l'Agence d'urbanisme de la région grenobloise, chef de projet RARRe

G-Jourdan-1.jpg
Gabriel Jourdan

L’Agence et ses partenaires institutionnels ont créé en 2020 l’Atelier des Futurs, une plateforme des prospectives et des stratégies de l’aire grenobloise. Ses objectifs sont à la fois de partager des réflexions et des expériences, de nourrir la connaissance, et de porter des projets communs. Le projet principal est inspiré du Global Risk Report du Forum économique de Davos. Il doit déboucher fin 2023 sur un premier Rapport annuel sur les risques et la résilience dans l’aire grenobloise (le RARRe), destiné à être pérennisé.


Un objectif : anticiper les risques systémiques pour alimenter les démarches de prospective territoriale et la construction des politiques publiques


En urbanisme et aménagement, l’approche se focalise beaucoup sur les risques naturels et technologique prévisibles, notamment par le biais de « plans de prévention des risques » (PPR) établis par les services de l’État.

Toutefois divers évènements récents ont mis en exergue d’autres risques portant par exemple sur l’approvisionnement en eau, en alimentation, en énergie ou en matières premières stratégiques (conséquences de la crise de Covid-19 et de la guerre en Ukraine, sécheresse de l’été 2022) ; sur l’évolution des risques naturels dus au réchauffement climatique (canicules, méga-feux, pluies torrentielles…) ; sur la capacité locale de réponse aux besoins sociaux fondamentaux (ex. crise du système de santé qui perdure voire s’aggrave depuis la Covid-19) ; sur l’acceptabilité sociale de certaines politiques publiques (ex. crise des « gilets jaunes » déclenchée par la volonté de mettre en place une taxe carbone). Ces évènements ont fait écho aux réflexions impulsées par l’Agence dans le cadre de Grand A #2 Risques et résilience (2018) ou des ateliers d’étudiants sur la thématique « de l’effondrement à la résilience ».

C’est ce qui l’a convaincue de la nécessité d’élargir le regard sur les risques avec une triple logique :

  • Regarder les risques en face, pour les intégrer dans les stratégies territoriales et la fabrication des politiques publiques (Comment les prévenir, réduire nos fragilités sociales, territoriales, organisationnelles, et nos dépendances ? Que faut-il renforcer, transformer voire abandonner tout en considérant l’évolution rapide des risques ?)
  • S’intéresser aux risques « systémiques », porteurs d’effets domino susceptibles de remettre en cause en profondeur nos modes de vie et d’occupation actuels de nos territoires (Ruptures des chaînes d’approvisionnement, démultiplication des phénomènes climatiques extrêmes, défaillances des réseaux et infrastructures numériques…).
  • Être en veille sur les risques émergents, incertains, imprévisibles, non (encore) modélisables. Y compris dans le domaine des risques naturels au regard des effets croissants du changement climatique.

Un point d’appui : le Global Risk Report publié chaque année par le Forum économique mondial


Dans le cadre de l’Atelier des Futurs, plateforme des prospectives et des stratégies dans l’aire grenobloise, l’Agence a proposé un « rapport annuel sur les risques et la résilience » (le RARRe). L’objectif est d’établir une cartographie des risques systémiques susceptibles d’impacter notre territoire, d’identifier les fragilités pouvant porter atteinte à son potentiel de résilience, et de les mettre en débat dans les cercles d’acteurs pour faire émerger des priorités et des pistes d’actions.

Ce travail s’inspire du Global Risk Report, publié chaque année depuis 2006 par le Forum économique mondial (organisation non gouvernementale porteuse du Forum économique de Davos) en partenariat avec diverses universités et grandes entreprises liées notamment aux secteurs de la finance et de l’assurance. Ce rapport propose un panorama annuel des risques systémiques à l’échelle mondiale avec une finalité prospective (des crises actuelles aux potentielles crises et catastrophes futures). Il est établi à partir d’une enquête conduite auprès des membres du Forum et d’un dire d’expert alimenté par une revue des connaissances disponibles.


Une méthode en 4 étapes, des premiers résultats attendus d’ici la fin 2023


Le RARRe est porté par un groupe de travail technique associant notamment Grenoble-Alpes Métropole, le Département de l’Isère, l’Établissement public du SCoT de la Grande Région de Grenoble, la Ville de Grenoble, les Parcs naturels régionaux de Chartreuse et du Vercors, Territoires de sciences, l’équipe de recherche STEEP de l’Inria et des enseignants chercheurs de l’IUGA. L’Agence est la cheville ouvrière de l’expérimentation, qui a vocation à s’améliorer et se pérenniser. La première étape du travail – engagée en 2022 – a été d’adapter la liste des risques systémiques du Global Risk Report pour un travail à l’échelle locale. Il en résulte à ce jour (juin 2023) une liste de 44 risques et fragilités – réparties en 6 grandes familles – qui ont été illustrés sous forme de « cartes risques ». Cette liste pourra être régulièrement revue, complétée ou simplifiée au regard des enseignements des étapes suivantes.

Deux étapes d’ores et déjà engagées sont au cœur du process d’élaboration du rapport. La rédaction de « fiches-risques », courtes synthèses documentaires sur l’appréhension des risques aujourd’hui et demain dans l’aire grenobloise, à partir d’études, d’articles de presse… Et la réalisation d’une enquête sur la représentation des risques pré-identifiés auprès de quatre panels (élus, habitants, acteurs économiques et membres des conseils locaux de développement). Les premiers résultats seront disponibles à l’automne 2023 et permettront d’identifier les risques et familles de risques jugés prioritaires, mais aussi de les compléter. La dernière étape – envisagée fin 2023 ou début 2024 – est envisagée sous la forme d’un Forum des parties prenantes : présentation et mise en débat des résultats, hiérarchisation des priorités, identification de pistes de résilience, préfiguration du Rapport.

Il est prévu que la démarche soit reconduite chaque année.


entretien avec Laurence Créton-Cazanave