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Métropole singulière, Métropole plurielle

Écrit par : Amélie Miqueau, chargée d’études, et Françoise Pichavant, directrice d’études observation, à l’Agence d’urbanisme de la région grenobloise

Portrait Amélie Miqueau - AURG
Amélie Miqueau, chargée d’études à l’Agence d’urbanisme de la région grenobloise

Entre ville, montagne et campagne, au cœur du sillon alpin, à l’intersection des aires d’influence de Lyon, Genève et Turin, Grenoble-Alpes Métropole rassemble 450 000 habitants et 49 communes aux profils variés, véritable concentré de la diversité du vaste territoire qui l’entoure et avec lequel elle interagit au quotidien. Dresser le bref portrait de cette diversité permet de donner quelques clés pour comprendre les grands enjeux et résultats du projet de recherche Popsu.

Un contexte géographique qui constitue à la fois un atout et une contrainte pour le développement


Entre vallées, plaines et contreforts montagneux, et marquée par la diversité des contextes géologiques, la métropole grenobloise se distingue aussi par sa position biogéographique et climatique, au carrefour d’influences alpines, méditerranéennes, mais aussi océaniques. Doublement confluent, son territoire, traversé par le Drac et l’Isère, a été façonné par l’eau.

La proximité des montagnes (quatre massifs alpins), et les vues qui en découlent, offrent un paysage verdoyant et un cadre de vie singulier, où les espaces agricoles et naturels, dont la forêt, sont largement prédominants.

Cette diversité d’espaces accueille des écosystèmes originaux et remarquables, et une riche biodiversité animale et végétale, dont la valeur patrimoniale est reconnue au niveau européen.

Ses caractéristiques géographiques expliquent aussi que le territoire soit exposé à une multitude de risques naturels (cf. Grand A Risques et résilience). Toutes ces spécificités ont fortement canalisé l’urbanisation, avec un développement des villes et des grands axes de communication qui s’est préférentiellement fait dans les vallées. En résultent de forts écarts de densité entre les communes de la Métropole.

Territoire de contrastes, la Métropole est aujourd’hui mise au défi d’un développement résilient, dans un contexte de changement climatique qui l’impacte plus rapidement et plus fortement qu’ailleurs.

Chiffres-clés

Sources :


Une métropole attractive où subsistent toutefois des disparités sociales et spatiales


La métropole grenobloise s’est construite sur son ouverture au reste du monde. En raison de son histoire économique et sociale marquée par une industrialisation forte, des politiques sociales pionnières et par sa situation quasi frontalière, elle a traditionnellement été une terre d’accueil des étrangers.

La croissance démographique, modérée, est portée par le solde naturel depuis plusieurs décennies. Sur la période récente, le déficit migratoire s’est accentué, signe d’une attractivité au ralenti. Ce n’est pas qu’un effet de la périurbanisation, les échanges migratoires de l’ensemble de l’aire grenobloise sont aussi déficitaires.

Malgré une population jeune, marquée par une forte présence des étudiants, la métropole est touchée par un vieillissement démographique. Cette tendance profonde et durable entraîne de nouveaux besoins notamment en matière de prise en charge de la dépendance.

Si la métropole grenobloise constitue un espace plutôt privilégié pour ses habitants, avec des revenus plus élevés qu’ailleurs, un chômage et une pauvreté moindres, elle présente néanmoins de fortes inégalités de revenus et des territoires socialement différenciés : après redistribution, les 10 % des habitants les plus aisés, plutôt plus riches qu’ailleurs, sont 3,5 fois plus aisés que les plus pauvres.

La diversité de la composition des ménages métropolitains et de leurs revenus entraîne une différenciation croissante des besoins en habitat, alimentée par le fonctionnement ségrégatif du marché du logement, la géographie sociale étant fortement indexée sur les valeurs du marché immobilier, et inversement.

On observe ainsi de fortes disparités entre la ville-centre caractérisée par une plus forte concentration du parc locatif et de logements de type T1 et T2, et les communes situées en dehors du cœur d’agglomération, où sept logements sur dix sont des maisons. Cette différenciation se retrouve dans la part de propriétaires, qui augmente à mesure que l’on s’éloigne de la ville-centre.

Du fait de sa nature métropolitaine et de la présence d’universités, la métropole connaît des flux résidentiels importants. Si les deux tiers des mouvements restent internes, les échanges avec les départements et collectivités voisines sont aussi importants. Du fait de l’attractivité étudiante, les échanges avec les autres départements de l’académie sont positifs. En revanche, signe d’une poursuite de la périurbanisation, les échanges avec les territoires voisins sont plutôt déficitaires. Le marché du logement, en particulier de la maison individuelle, dépasse les frontières de la Métropole et les parcours résidentiels des ménages se font à l’échelle de l’aire grenobloise.

Chiffres-clés

Sources :


Une métropole productive, dont l’économie repose sur un fort socle industriel

La métropole compte près de 220 000 emplois et concentre à elle seule 64 % de l’emploi de l’aire grenobloise (def. Insee). A l’image des autres métropoles, la sphère présentielle y est prédominante, avec des emplois qui se concentrent classiquement dans les secteurs de la santé-action sociale et des services publics, mais affichent une croissance singulière dans les associations.

Elle fait toutefois partie des territoires métropolitains les plus productifs. Qualifiée de « Silicon Valley française », la métropole dispose en effet d’un appareil productif dense et qualifié, très spécialisé dans les industries de pointe et la recherche scientifique (micro et nanotechnologies, nouvelles technologies de l’énergie, santé et biotechnologies) et s’appuyant sur de nombreuses grandes entreprises étrangères (18 % des salariés travaillent dans des entreprises sous pavillon étranger, contre environ 15 % à l’échelle de la France métropolitaine).

Cette spécificité renvoie à l’histoire économique de la région grenobloise, marquée par une forte tradition d’articulation entre les activités de recherche, d’industrie et les formations supérieures attractives à l’échelle nationale, voire européenne.

Avec 120 emplois offert pour 100 actifs occupés, la métropole constitue un bassin d’emploi attractif, qui rayonne sur un vaste territoire. 27 % des emplois sont en effet occupés par des actifs n’y résidant pas. En grande majorité, ils viennent toutefois d’autres territoires de l’aire grenobloise, principalement du Grésivaudan, du Pays Voironnais, de Saint-Marcellin Vercors Isère et de la Matheysine. Malgré un certain dynamisme, l’économie technopolitaine montre des signes de vulnérabilité. Depuis la crise de 2008, les activités les plus qualifiées ont bien résisté, mais certaines activités industrielles ont poursuivi leur déclin.

Le choc économique causé par la pandémie de la Covid-19 a entraîné, comme partout, une baisse d’activité générale dans la métropole, dont l’impact est inégal selon les secteurs. Si l’industrie semble avoir mieux résisté qu’ailleurs en France, le commerce de proximité et les activités liées au tourisme d’hiver ont été très affectés.

Les capacités d’adaptation du modèle métropolitain reposent sur la diversité, à renforcer, de ses bases économiques et sur ses fortes capacités de recherche, développement et innovation.


Définitions :

  • Présentiel : activités mises en œuvre localement, pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins de personnes présente dans la zone – activités de construction, de commerce de détail, services à la population, activités non marchandes administratives, de santé d’enseignement…

  • Productif : l’industrie et les services aux entreprises, majoritairement tournées vers l’export et dépendant en partie des marchés mondiaux

Chiffres-clés

Sources :


L'action métropolitaine en cartes